Se séparer
sans conflit

Anne LINARD TUSZEWSKI
Avocat au Barreau de Lille
Spécialiste en droit de la famille et du patrimoine
Médiatrice familiale diplômée d'état

Les étapes psychologiques de la séparation

La séparation est toujours une grande souffrance pour chacun des époux et la difficulté majeure est de pouvoir continuer à communiquer.

L'un des époux peut craindre de blesser l'autre ou de bouleverser l'entourage à tel point qu'il pourra être tenté de laisser perdurer la situation plutôt que de faire part de sa décision. Il est pourtant indispensable de clarifier ses choix de vie que le conjoint doit connaître pour pouvoir lui-même entamer le deuil de la relation.

Plusieurs étapes peuvent être identifiées dans une séparation. Certains conjoints les traversent de façon linéaire, d'autres peuvent s'installer à une étape sans pouvoir la dépasser. Une période d'instabilité et d'insécurité s'installe avant l'annonce de la séparation. L'un des conjoints manifeste son mécontentement et son besoin de changement.

De nombreuses causes peuvent être à l'origine de la séparation :
- l'usure du couple ou la monotonie de la vie quotidienne.
- la recherche d'une identité ou d'un épanouissement personnel, plutôt qu'un investissement dans la vie de couple.
- la naissance ou l'éducation des enfants.
- l'infidélité.

Il s'agit nécessairement d'une période d'incertitudes, au cours de laquelle de nombreuses questions se posent : comment annoncer la séparation aux enfants? Comment vont-ils réagir? Comment pouvoir s'organiser financièrement? Faut-il garder ou vendre la maison?

Le rôle de l'avocat sera de vous conseiller de manière neutre et de vous donner des conseils juridiques ce que ne pourra pas faire un médiateur, la médiation nécessitant de surcroît l'accord préalable des deux conjoints pour engager le processus.

Si les conjoints décident de poursuivre la vie commune, il sera utile de solliciter l'intervention d'un tiers : thérapeute de couple, conseiller conjugal et familial, psychothérapeute ou psychanalyste.

Lorsqu'au contraire, la séparation est inévitable, il est essentiel pour celui qui subit cette séparation de solliciter une aide individuelle et je vous conseille vivement de consulter votre médecin traitant qui vous guidera vers un professionnel neutre : psychologue, psychothérapeute, psychanalyste.

Il est en tous cas essentiel de se préserver en choisissant avec discernement ses confidents. Confiez-leur ce que vous ressentez plutôt qu'émettre des jugements sur l'autre.

Le déni

Le déni est la première phase de la séparation qui est généralement relativement courte.

L'un des conjoints refuse d'admettre la réalité de la séparation que son partenaire lui impose, croyant que cette situation sera temporaire et transitoire. 

C'est la première phase du processus de deuil qui sera plus ou moins longue selon l'aptitude du conjoint qui a décidé de la rupture à faire comprendre à son conjoint que sa décision de rompre est définitive. 

La colère

Il s'agit de la deuxième phase du processus de la séparation, souvent mal comprise par celui qui ne la subit pas.

Le conjoint qui subit la séparation entre nécessairement dans cette période de colère et de ressentiment qui peut être dirigée contre soi-même ou vers l'extérieur dans le but d'atteindre l'autre dans son intégrité et ses valeurs profondes.

Certains conjoints traversent rapidement cette étape, mais d'autres conjoints peuvent s'y installer longuement.

La connaissance du processus de séparation est donc indispensable au professionnel qui vous accompagne pour pouvoir vous conseiller utilement. 

Le marchandage

Il s'agit de la troisième étape de la séparation.

Le conjoint qui se voit imposer la séparation rentre dans une phase de négociations et exige parfois des concessions importantes. Il est donc essentiel que chaque époux puisse à ce stade de la séparation être conseillé par un professionnel de la séparation.

La dépression

Il s'agit d'une période de grande tristesse pouvant aller jusqu'à la détresse. Mais la dépression n'est pas inéluctable et il s'agit le plus souvent d'une dépression réactionnelle au sentiment d'abandon.

La dépression peut intervenir lorsque la réalité du divorce est devenue inéluctable et que le sentiment de perte vient remplacer la colère et la rage.

Quand la rupture touche à l'estime de soi, il est possible que l'identité de la personne se soit construite sur le couple. De plus, la rupture peut réveiller des blessures du passé, par exemple un sentiment d'abandon. Le conjoint risque de glisser dans une dépression sévère avec remise en question de toutes ses croyances.

Il ne faut pas hésiter à consulter, c'est aussi l'occasion de se connaître mieux et de découvrir de nouveaux aspects de sa personnalité.
 

L'acceptation

Le conjoint qui s'est vu imposer la rupture prend conscience que le désir de séparation de son conjoint est inéluctable et irréversible. 

A ce stade, l'isolement est fréquent chez celui qui subit la séparation : il coupe les liens avec l'autre conjoint et sa belle-famille. Certaines personnes préfèrent rester seules.

La concrétisation de la séparation par le prononcé du divorce est une étape importante et symbolique de la séparation et les époux peuvent être surpris par la rapidité de l'évocation de leur dossier. Le passage devant le juge peut néanmoins aider l'une des parties sur le plan psychologique à mieux pouvoir tourner la page.

Le temps est toujours un facteur essentiel dans la séparation, car les conjoints vivent rarement simultanément les différentes étapes de la séparation.
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